L’école inclusive ne se construit pas sans les premiers concernés : les enfants en situation de handicap. Leur voix, souvent relayée par des adultes, prend une dimension concrète et transformative lorsqu’elle est portée directement par des jeunes membres du Conseil des enfants du Conseil national consultatif des personnes handicapées (CNCPH). Ces enfants, acteurs de leur propre parcours, ont su identifier les blocages et proposer des pistes d’action pour rendre l’école plus accessible, plus bienveillante et plus adaptée à leurs besoins quotidiens.
Comment ces jeunes ont-ils contribué à faire bouger les lignes ? Quels sont les changements concrets issus de leurs recommandations, et comment les écoles peuvent-elles s’en inspirer pour aller plus loin ? Entre accessibilité scolaire, lutte contre le harcèlement et formation des enseignants, leurs propositions dessinent les contours d’une école où l’autonomie des enfants handicapés devient une priorité. Plongeons dans leur démarche et leurs solutions, entre principes et actions.
L’enjeu est double : d’une part, donner aux enfants en situation de handicap les moyens d’exercer pleinement leur rôle de citoyens dans le système éducatif, et d’autre part, transformer les pratiques scolaires pour que l’inclusion ne soit plus une promesse, mais une réalité vécue au quotidien. Leur participation active, guidée par le principe « Rien pour nous sans nous », révèle des pistes méconnues, parfois simples, mais toujours porteuses de sens.
Le diagnostic des enfants sur l’école inclusive : identifier les blocages du quotidien
Pour transformer l’école inclusive, il est essentiel de commencer par écouter ceux qui la vivent au quotidien : les enfants en situation de handicap. Leurs retours, souvent perçus à travers le filtre des adultes, prennent une toute autre dimension lorsqu’ils sont exprimés directement par des enfants membres du Conseil des enfants du CNCPH. Ces jeunes acteurs ont mis en lumière des obstacles concrets qui freinent leur autonomie et leur bien-être à l’école, bien au-delà des discours institutionnels.
Parmi les problèmes les plus fréquemment soulevés figure l’accessibilité scolaire, qui ne se limite pas aux rampes ou aux ascenseurs. Les enfants handicapés pointent des difficultés bien plus subtiles : des classes situées à des étages non accessibles, des toilettes inadaptées, ou encore des espaces comme les cours de récréation accessibles qui restent des exceptions. Ces lacunes, souvent minimisées, ont un impact direct sur leur participation aux activités collectives et leur sentiment d’appartenance à la communauté scolaire.
Un autre enjeu majeur révélé par ces jeunes est la question du matériel pédagogique adapté. Les manuels, outils numériques ou supports visuels ne sont pas toujours disponibles dans des formats accessibles (Braille, audio, pictogrammes, etc.), ce qui les oblige à s’adapter en permanence aux méthodes d’enseignement plutôt que de bénéficier d’un apprentissage sur mesure. Cette inadéquation des ressources renforce un sentiment d’exclusion et complique leur scolarité au quotidien.
Les enfants handicapés soulignent aussi les comportements intrusifs ou infantilisant de certains enseignants ou camarades, allant des questions répétées sur leur handicap aux moqueries, en passant par des attitudes paternalistes qui limitent leur autonomie. Les moqueries et le harcèlement scolaire handicap sont des réalités douloureuses, souvent banalisées, qui entament leur confiance et leur engagement scolaire. Ces situations, si elles ne sont pas traitées avec sérieux, peuvent conduire à un isolement progressif et à une perte de motivation.
Enfin, l’absence de dialogue structuré avec les familles et l’école est un frein récurrent. Les enfants handicapés souhaitent être consultés sur les aménagements qui les concernent, comme les examens aménagés, mais constatent que les décisions leur échappent souvent. Cette frustration illustre un décalage entre le principe théorique de participation et sa mise en œuvre pratique, où l’autonomie des jeunes est rarement prise au sérieux.
Leurs propositions pour une école inclusive : des solutions ancrées dans leur expérience
Face aux blocages identifiés, les enfants en situation de handicap, membres du Conseil des enfants du CNCPH, ont formulé des recommandations précises pour rendre l’école plus inclusive. Leur approche repose sur le principe « Rien pour nous sans nous », qui place leur expertise vécue au cœur des solutions. Ces propositions, issues de leur quotidien, offrent des pistes concrètes et immédiates pour les écoles, les enseignants et les familles.
Un premier axe d’amélioration concerne l’accessibilité scolaire, mais sous un angle systémique. Les enfants recommandent d’intégrer systématiquement des audits accessibilité dans les projets de rénovation ou de construction des établissements. Cela inclut non seulement les infrastructures physiques (classes, sanitaires, couloirs), mais aussi les espaces partagés comme les cours de récréation accessibles. L’idée est de concevoir des lieux où tous les enfants, quels que soient leurs besoins, peuvent se déplacer, jouer et interagir sans obstacle. Des exemples de cours aménagées avec des sols antidérapants, des zones de repos ou des jeux adaptés commencent à émerger, mais leur généralisation reste un défi.
Pour remédier au manque de matériel pédagogique adapté, les enfants proposent de co-construire des ressources avec des ergothérapeutes, des enseignants spécialisés et eux-mêmes. Par exemple, des manuels en version audio ou des supports visuels avec pictogrammes pourraient être développés en partenariat avec les éditeurs scolaires. Une autre piste consiste à former les enseignants à l’adaptation des contenus, afin qu’ils puissent ajuster leurs méthodes sans attendre des outils parfaits. Cette approche collaborative permet de répondre rapidement aux besoins spécifiques des élèves, tout en renforçant leur confiance dans leur capacité à apprendre.
La question des AESH est également centrale dans leurs recommandations. Les enfants handicapés insistent sur la nécessité d’une stabilité d’accompagnement AESH pour éviter les ruptures dans leur scolarité. Ils soulignent que la rotation fréquente des accompagnants, souvent due à des contrats précaires, perturbe leur apprentissage et leur intégration sociale. Pour y remédier, ils suggèrent de pérenniser les postes et de former les AESH à une approche centrée sur l’autonomie de l’enfant, plutôt que sur une assistance passive. Cette stabilité favoriserait aussi un meilleur dialogue entre l’élève, l’AESH et les enseignants, essentiel pour une inclusion réussie.
La formation des enseignants handicap est un autre levier identifié. Les enfants recommandent d’intégrer des modules obligatoires sur les handicaps et les besoins éducatifs particuliers dans la formation initiale des professeurs. Ces modules pourraient aborder des situations concrètes, comme la gestion des comportements intrusifs ou la mise en place d’aménagements discrets mais efficaces. Ils proposent aussi des temps d’échange réguliers entre enseignants et enfants handicapés pour partager des bonnes pratiques et briser les préjugés. L’objectif est de créer une culture scolaire où l’inclusion n’est pas une option, mais une norme.
Enfin, les enfants handicapés ont insisté sur la nécessité de systématiser les examens aménagés, en adaptant non seulement les épreuves, mais aussi les conditions de passation (temps supplémentaire, outils spécifiques, environnement calme). Ils souhaitent que ces aménagements soient discutés en amont avec eux, afin de les impliquer pleinement dans les décisions qui les concernent. Cette approche participative renforce leur sentiment de contrôle sur leur parcours scolaire et réduit l’anxiété liée aux évaluations.
Mise en œuvre et défis : ce qui reste à faire pour ancrer l’inclusion dans les pratiques
Malgré les avancées portées par les enfants en situation de handicap et leurs recommandations, leur mise en œuvre se heurte encore à des résistances structurelles et culturelles. Le passage de la théorie à la pratique demande une mobilisation collective, où chaque acteur – établissements, institutions, familles – doit jouer un rôle actif. Les défis restent nombreux, mais les pistes tracées par les jeunes du Conseil des enfants du CNCPH offrent une feuille de route claire pour avancer.
Un premier obstacle est d’ordre budgétaire. L’école inclusive enfants handicap nécessite des investissements pour l’accessibilité scolaire, la formation des enseignants et l’acquisition de matériel pédagogique adapté. Pourtant, les arbitrages financiers peinent souvent à prioriser ces besoins, perçus comme secondaires face à d’autres urgences. Les enfants handicapés, eux, rappellent que ces dépenses sont un investissement pour l’avenir : une école inclusive réduit les inégalités, limite les décrochages scolaires et prépare mieux tous les élèves à vivre dans une société diverse. Des exemples de budgets participatifs, où les enfants et les familles sont consultés sur l’affectation des fonds, commencent à émerger, mais leur généralisation reste limitée.
Un autre défi est la résistance au changement des équipes éducatives. Certains enseignants, par manque de formation ou par habitude, continuent de percevoir l’inclusion comme une charge supplémentaire plutôt qu’une opportunité. Les enfants handicapés soulignent que cette perception s’améliore lorsque les enseignants sont accompagnés et voient concrètement les bénéfices de leurs efforts. Des initiatives comme des temps d’échange informels ou des témoignages d’élèves peuvent briser les préjugés et montrer que l’inclusion profite à tous, y compris aux élèves non handicapés. La sensibilisation au handicap doit devenir une priorité régulière, et non un événement ponctuel.
La coordination entre les différents acteurs est aussi un point de fragilité. Les enfants handicapés pointent du doigt les lacunes dans le dialogue famille-école, où les informations circulent mal entre les parents, les enseignants et les AESH. Pour y remédier, ils proposent de créer des référents « inclusion » dans chaque établissement, chargés de faciliter la communication et de veiller à ce que les besoins de l’enfant soient pris en compte de manière cohérente. Cette figure pourrait aussi jouer un rôle de médiation en cas de conflits ou de malentendus, souvent source de tensions inutiles.
Enfin, l’absence de suivi des recommandations du CNCPH est un frein majeur. Les enfants handicapés constatent que leurs propositions, bien que formalisées, peinent à se concrétiser faute de suivi politique et d’évaluation. Ils appellent à la création d’un mécanisme de redevabilité, où les écoles et les académies seraient tenues de rendre compte de leurs actions en matière d’inclusion. Des outils comme des indicateurs de progrès ou des audits participatifs pourraient aider à mesurer l’impact des mesures mises en place et à ajuster les stratégies. Sans ce cadre, l’école inclusive risque de rester un idéal lointain pour beaucoup d’enfants handicapés.
Agir concrètement : ressources et actions pour les familles et les écoles
Transformer l’école inclusive en réalité quotidienne est un projet collectif qui demande des actions à la fois individuelles et systémiques. Les enfants en situation de handicap, via le Conseil des enfants du CNCPH, ont déjà tracé des pistes d’action accessibles à tous. Il appartient maintenant aux familles, aux enseignants et aux établissements de s’en emparer pour passer des recommandations aux résultats concrets. Voici des leviers actionnables, inspirés de leurs propositions, pour agir dès aujourd’hui.
Pour les familles, le premier pas consiste à établir un dialogue famille-école structuré et régulier. Plutôt que d’attendre les réunions parents-professeurs, il est utile de demander un rendez-vous trimestriel avec l’enseignant et l’AESH pour faire un point sur les aménagements en place et les besoins évolutifs de l’enfant. Les parents peuvent aussi s’appuyer sur des guides pratiques, comme ceux proposés par les associations de personnes handicapées, pour formuler leurs demandes de manière claire et argumentée. Par exemple, demander un aménagement des examens ou un matériel pédagogique adapté doit être présenté comme une nécessité pédagogique, et non comme une faveur.
Les enseignants, de leur côté, peuvent agir à leur échelle en adoptant des réflexes simples mais impactants. Former les élèves à la sensibilisation au handicap dès le plus jeune âge permet de briser les tabous et de prévenir les moqueries enfant handicap. Des activités comme des jeux de rôle ou des discussions sur le respect des différences peuvent être intégrées dans les temps de classe. Les enseignants peuvent aussi s’inscrire à des formations courtes en ligne ou en présentiel sur l’accueil des enfants handicapés, disponibles via les académies ou les associations. Une autre piste est de collaborer avec les AESH pour co-construire des supports adaptés, en s’appuyant sur leurs retours quotidiens.
Les établissements scolaires ont un rôle clé à jouer en systématisant certaines bonnes pratiques. La création d’un « référent inclusion » dans chaque école, comme le suggèrent les enfants du CNCPH, permettrait de centraliser les demandes et de veiller à leur mise en œuvre. Ce référent pourrait organiser des ateliers de sensibilisation pour les autres élèves ou des temps d’échange entre enfants handicapés et non handicapés. Les écoles peuvent aussi mettre en place des « audits accessibilité » annuels, en impliquant les élèves concernés pour identifier les obstacles restants. Enfin, elles gagneraient à publier un « livret d’accueil » pour les enfants handicapés et leurs familles, détaillant les aménagements disponibles et les personnes à contacter en cas de besoin.
Pour aller plus loin, les familles et les écoles peuvent s’appuyer sur des ressources externes, comme les outils pédagogiques spécialisés pour les troubles du neurodéveloppement. Des plateformes en ligne proposent des kits clés en main pour adapter les cours, tandis que des associations organisent des formations pour les enseignants. Les enfants handicapés eux-mêmes, via le Conseil des enfants du CNCPH, sont aussi une ressource précieuse : leurs retours et leurs idées peuvent inspirer des projets concrets, comme des courriers types pour demander un aménagement ou des idées de sensibilisation pour les récréations. Leur participation à la vie scolaire, comme les conseils de classe ou les projets interdisciplinaires, est une autre façon de donner une voix directe aux premiers concernés.
Enfin, pour lutter contre les comportements problématiques comme les questions intrusives handicap ou les moqueries, les écoles peuvent mettre en place des chartes de bienveillance signées par tous les élèves. Ces chartes rappellent les règles de respect et nomment des « ambassadeurs inclusion » parmi les élèves, chargés de rappeler discrètement les bonnes pratiques. Des campagnes de sensibilisation régulières, comme des interventions d’associations ou des projections de films sur le handicap, renforcent aussi cette culture de l’inclusion. L’objectif est de faire de l’école un lieu où chaque enfant, quel que soit son handicap, se sente respecté, écouté et capable d’apprendre.
Les outils et dispositifs existants pour soutenir les propositions des enfants
Les enfants en situation de handicap, via leur participation au Conseil des enfants du CNCPH, ont mis en lumière des besoins précis en matière d’inclusion scolaire. Leurs recommandations s’appuient souvent sur des dispositifs déjà existants, mais dont l’accès ou la mise en œuvre restent inégaux selon les territoires. Parmi ces outils, les aménagements d’examens figurent parmi les plus connus, mais leur application varie fortement d’un établissement à l’autre. Ces aménagements, qu’ils concernent le temps, le matériel ou l’environnement de passation, doivent être sollicités dès l’inscription de l’élève et suivis par un dialogue régulier avec l’équipe éducative. Les familles peuvent s’appuyer sur les guides des rectorats ou des associations spécialisées pour formuler leurs demandes de manière précise et juridiquement fondée.
Un autre levier souvent sous-exploité est le recours aux matériels pédagogiques adaptés, disponibles via des plateformes spécialisées ou des centres de ressources handicap. Ces outils, qu’il s’agisse de logiciels de synthèse vocale, de manuels en braille ou de supports visuels avec pictogrammes, permettent de compenser des difficultés spécifiques tout en favorisant l’autonomie. Les enseignants peuvent les intégrer progressivement dans leurs pratiques, en collaboration avec les ergothérapeutes ou les AESH, pour éviter une charge de travail trop lourde. L’enjeu est de passer d’une logique d’assistance ponctuelle à une intégration systémique de ces ressources dans les séquences pédagogiques.
Pour les enfants présentant des troubles du comportement ou des besoins éducatifs particuliers, les projets personnalisés de scolarisation (PPS) restent un cadre central, mais leur mise en œuvre dépend largement de la coordination entre l’école, les familles et les professionnels de santé. Les enfants handicapés soulignent que ce document, s’il est bien renseigné, peut servir de base pour demander des aménagements concrets, comme un accompagnement renforcé ou des espaces de repli. Les familles gagneraient à le réévaluer chaque année avec l’équipe pluridisciplinaire, en y intégrant les retours de l’enfant sur son vécu scolaire. Cette approche permet d’ajuster les mesures en fonction de l’évolution des besoins, et non des habitudes des établissements.
Comment les écoles peuvent intégrer les recommandations sans attendre une réforme globale
L’inclusion scolaire ne doit pas être conditionnée par l’adoption de nouvelles lois ou de budgets supplémentaires. Les écoles peuvent déjà agir en s’appuyant sur les ressources disponibles et en adoptant une démarche progressive, centrée sur les retours des enfants. Une première étape consiste à auditer les espaces communs, comme les cours de récréation accessibles, pour identifier les obstacles invisibles : sols glissants, bancs inadaptés, ou zones de jeux inaccessibles. Ces audits, menés avec les élèves concernés, permettent de prioriser des actions simples mais impactantes, comme l’ajout de bancs adaptés ou la création d’un coin calme pour les enfants nécessitant des temps de pause.
Les enseignants peuvent aussi transformer leurs pratiques en adoptant des réflexes inclusifs au quotidien. Par exemple, reformuler les consignes à l’oral et à l’écrit, utiliser des supports visuels pour les enfants avec des difficultés de langage, ou encore intégrer des temps de pause réguliers pour les élèves fatigables. Ces adaptations, bien que mineures, réduisent les situations de stress et améliorent la participation de tous. Pour les enfants avec des troubles spécifiques, comme les troubles du spectre autistique, des outils comme les emplois du temps visuels ou les pictogrammes peuvent être mis en place rapidement, sans nécessiter de formation complexe. L’idée est de privilégier des solutions low-tech mais efficaces, accessibles à tous les enseignants.
La stabilité d’accompagnement est un autre levier à activer immédiatement. Les écoles peuvent plaider auprès des rectorats pour obtenir des AESH en CDI ou à temps plein, plutôt que des contrats précaires qui perturbent la continuité du soutien. Un accompagnement stable permet à l’enfant de se projeter dans une relation de confiance avec son AESH, essentiel pour son autonomie et son bien-être. Les établissements peuvent aussi former leurs équipes à une meilleure collaboration avec les AESH, par exemple en organisant des réunions trimestrielles pour échanger sur les progrès et les défis de l’enfant. Cette approche collective renforce la cohérence des aménagements et évite les malentendus entre les différents acteurs.
Les obstacles courants et comment les contourner sans renoncer aux objectifs
Malgré les bonnes volontés, les écoles se heurtent souvent à des résistances internes ou externes qui freinent la mise en œuvre des recommandations. L’un des obstacles les plus fréquents est le manque de temps ou de ressources pour former les enseignants. Pour y remédier, les établissements peuvent mutualiser leurs efforts en s’associant avec des associations locales ou des centres de formation continue, qui proposent des modules courts et ciblés sur l’inclusion. Une autre piste est de s’appuyer sur des « ambassadeurs inclusion » parmi les enseignants, volontaires pour partager leurs bonnes pratiques avec leurs collègues. Cette approche par les pairs réduit les freins psychologiques et valorise les initiatives existantes.
Les réticences des autres élèves ou des familles non concernées par le handicap constituent un autre défi. Plutôt que de minimiser ces résistances, les écoles peuvent les aborder de front via des ateliers de sensibilisation animés par des enfants en situation de handicap ou des associations. Ces séances, menées dans un cadre bienveillant, permettent de déconstruire les préjugés et de montrer que l’inclusion profite à tous. Par exemple, expliquer comment un enfant malvoyant utilise un logiciel de lecture peut inspirer des solutions pour d’autres élèves, comme l’ajout de sous-titres dans les vidéos pédagogiques. L’objectif est de faire évoluer les mentalités sans imposer de changement brutal.
Les contraintes budgétaires sont un argument souvent avancé pour justifier l’inaction, mais elles ne doivent pas servir de prétexte pour ignorer les besoins des enfants. Les écoles peuvent prioriser leurs dépenses en ciblant les actions à fort impact et faible coût, comme la sensibilisation des élèves ou l’ajout de pictogrammes. Elles peuvent aussi solliciter des partenariats avec des entreprises locales ou des fondations pour financer des projets concrets, comme l’achat de matériel adapté ou l’aménagement de toilettes. Enfin, les établissements peuvent s’inspirer de modèles existants, comme les écoles où l’inclusion a été intégrée sans budget supplémentaire, simplement en repensant l’organisation des cours et des espaces.
Ressources utiles et partenaires pour aller plus loin
Pour concrétiser les recommandations des enfants en situation de handicap, les écoles et les familles peuvent s’appuyer sur un écosystème de ressources et de partenaires. Les associations spécialisées, comme l’Unapei ou l’APF France Handicap, proposent des guides pratiques et des formations pour les enseignants, ainsi que des outils pédagogiques adaptés. Ces structures peuvent aussi accompagner les établissements dans la mise en place de projets inclusifs, comme des ateliers de sensibilisation ou des audits accessibilité. Les familles, quant à elles, trouveront des aides concrètes dans les plateformes en ligne des rectorats ou des maisons départementales des personnes handicapées (MDPH), qui centralisent les informations sur les dispositifs d’accompagnement.
Les outils numériques jouent également un rôle clé dans l’inclusion. Des logiciels comme Antidote, Lexibar ou des applications de synthèse vocale permettent d’adapter les contenus pour les enfants avec des troubles du langage ou de la vision. Les écoles peuvent se procurer ces outils via des appels d’offres spécifiques ou des partenariats avec les éditeurs, en ciblant les solutions les plus adaptées à leurs besoins. Pour les enfants avec des troubles du neurodéveloppement, des plateformes comme « HandiNum » ou « Cap’Handi » proposent des kits clés en main pour les enseignants, incluant des supports visuels, des jeux adaptés ou des idées d’activités inclusives. Ces ressources, souvent gratuites ou low-cost, peuvent être déployées rapidement pour un impact immédiat.
Les collectivités locales et les académies sont aussi des partenaires à mobiliser. Certaines communes ont mis en place des « référents inclusion » ou des « cellules de veille handicap » pour accompagner les écoles dans leurs projets. Les rectorats, de leur côté, proposent des formations obligatoires pour les enseignants sur les besoins éducatifs particuliers, ainsi que des cellules d’écoute pour les familles. Les écoles gagnent à contacter ces structures pour bénéficier d’un accompagnement sur mesure, par exemple pour monter un dossier de demande de financement ou organiser une journée de sensibilisation. Enfin, les plateformes comme « Mon Parcours Handicap » ou « École inclusive » centralisent les informations utiles et les contacts des référents départementaux, offrant une boussole pour naviguer dans l’écosystème de l’inclusion.
L’école inclusive, une révolution portée par ceux qui la vivent au quotidien
Le parcours des enfants en situation de handicap, membres du Conseil des enfants du CNCPH, illustre une vérité simple et puissante : l’école inclusive ne se décrète pas, elle se construit avec ceux qui la pratiquent chaque jour. Leurs retours, leurs propositions et leurs exigences ont révélé un décalage entre les discours institutionnels et la réalité vécue dans les classes. En identifiant les blocages concrets – accessibilité scolaire, matériel pédagogique adapté, stabilité des accompagnements, ou encore lutte contre les comportements intrusifs – ils ont offert une feuille de route réaliste pour transformer l’école en un lieu où chaque enfant peut apprendre, grandir et s’épanouir sans obstacle.
Leur expérience montre que l’autonomie des enfants handicapés n’est pas une option, mais le socle d’une inclusion durable. Les solutions qu’ils ont portées – cours de récréation accessibles, examens aménagés, formation des enseignants, ou encore dialogue structuré avec les familles – prouvent qu’une école plus juste se bâtit pas à pas, en s’appuyant sur des actions tangibles plutôt que sur des principes abstraits. Leur approche, guidée par le principe « Rien pour nous sans nous », rappelle que la participation des premiers concernés n’est pas un luxe, mais une nécessité pour concevoir des dispositifs adaptés et acceptables.
Pour les familles, les enseignants et les établissements, l’enjeu est désormais de passer de l’écoute à l’action. Les outils existent : des ressources pédagogiques adaptées aux troubles du neurodéveloppement, des partenariats avec les associations, ou encore des dispositifs comme les aménagements d’examens ou les audits accessibilité. Mais leur déploiement reste inégal, souvent freiné par des contraintes budgétaires, des résistances culturelles ou un manque de coordination. C’est ici que leur voix devient un levier : en s’emparant de leurs recommandations et en les adaptant à leur contexte, chacun peut contribuer à faire de l’école inclusive enfants handicap une réalité partagée.
L’école de demain se dessine aujourd’hui, dans les cours de récréation, les salles de classe et les conseils de vie collégienne. Elle sera inclusive si nous choisissons de faire de chaque obstacle identifié une opportunité d’amélioration, et de chaque enfant handicapé un acteur de son propre parcours. À nous d’agir, sans attendre une réforme globale, en intégrant leurs solutions dans nos pratiques et en plaçant leur expertise au cœur des décisions.
Sources
- Clotilde Costil — « École inclusive : les enfants du CNCPH passent à l’action » — Handicap.fr — 25 juin 2026 — https://informations.handicap.fr/a-ecole-inclusive-les-enfants-du-cncph-passent-a-l-action-39353.php
- Non précisé — « CNCPH : un guide pour « mieux parler du handicap » » — Handicap.fr — Octobre 2025 — https://informations.handicap.fr/a-cncph-un-guide-pour-mieux-parler-du-handicap-38483.php
- Non précisé — « Dignité : le CNCPH pourra désormais saisir la justice » — Handicap.fr — Mars 2026 — https://informations.handicap.fr/a-dignite-le-cncph-pourra-desormais-saisir-la-justice-38861.php
